
Le Forgeron
Quelques mots de présentation

Septembre 2026 :
Bonjour à tous,
Je n'ai jamais écrit ce genre de note, mais je voulais vous parler de mon travail actuel et à venir : de ce qui a changé et de la façon dont je vois les prochains mois.
Retour en arrière : merci !
J'ai commencé en 2011, à 23 ans. Je vivais chez ma mère et mon atelier était dans un appenti de la ferme. Deux ans plus tôt, j'avais arrêté mes études de journalisme et de philosophie parce que je ne voulais plus vivre la vie que la société avait choisie pour moi. Au début, je ne voulais donc pas vraiment que la forge devienne mon métier. Je voulais garder une certaine distance et la voir comme une activité.
Mais la société n'est jamais bien loin, et c'est devenu un métier. Je rencontrais des clients, je faisais des devis, je commandais de l'acier, et j'acceptais de nouveaux travaux avant d'avoir fini ceux en cours. J'avais donc toujours six mois à un an de travail devant moi. Je partageais chaque année entre la ferronnerie et les couteaux de cuisine, six mois chacun.
En 2019, j'ai arrêté la ferronnerie pour me consacrer aux couteaux. Je n'avais pas Instagram et je ne prenais pas de commandes en ligne à l'époque. Je vendais surtout sur les salons de coutellerie en France.
Puis le Covid est arrivé, et les salons ont été annulés pendant presque deux ans. J'ai donc essayé Instagram, et boum ! Depuis, je n'ai jamais eu de mal à vendre un couteau, et j'ai eu plus de clients chaque mois. Vers 2022, la demande était telle que j'ai mis en place un tirage au sort, puisque je ne fais qu'un petit nombre de couteaux uniques chaque mois. J'ai rencontré tellement de gens et appris tellement de choses sur l'acier, la géométrie, le polissage et la forge. Grâce à vous, j'ai été poussé et soutenu pour m'améliorer chaque jour. Et j'ai découvert une belle communauté de passionnés de couteaux de cuisine, avec une grande variété de couteliers et de styles, et des gens heureux de partager et d'échanger.
Aujourd'hui : septembre 2026, 15 ans de métier, 6 ans sur Instagram.
Les choses ont changé, et moi aussi.
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Instagram : entre 2024 et 2025, Instagram a été très dur avec les contenus liés aux couteaux. Je pense que la communauté ne s'en est jamais vraiment remise : les gens interagissent et échangent un peu moins. Cela a aussi changé ma façon d'utiliser la plateforme. Je garde plus de distance aujourd'hui, et je me suis organisé pour que mon activité en dépende beaucoup moins.
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Le monde : je m'intéresse à la politique et à l'activité humaine à l'échelle mondiale depuis l'âge de 10 ans environ. J'ai mis cet intérêt de côté pendant une quinzaine d'années pour construire mon travail, mais il est revenu en 2024. Je n'entrerai pas dans les détails, car c'est un sujet très clivant en ce moment mais depuis deux ans, je suis plus sensible à ce que le monde nous présente, à ce que les hommes font ou ne font pas. Cela m'a poussé à me présenter aux élections municipales de mon village par exemple. Mon équipe n'a pas gagné, mais j'ai obtenu un siège dans l'opposition. Ce n'est pas du tout un temps plein, mais cela prend du temps et de la place dans ma tête.
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La famille : je vis une belle histoire d'amour avec ma compagne depuis 2010. Et j'ai la joie de vous annoncer que je vais être papa pour la première fois dans moins de deux mois ! Ça va changer ma vie et l'organisation de mes journées, c'est certain !
Tout cela change ma façon de voir ce qui compte et la place que je veux donner à mon travail. C'est un métier passionnant, mais j'ai aussi envie aujourd'hui de temps et d'espace pour d'autres choses dans ma vie.
Comment je vais travailler désormais
1. Commandes personnalisées : fermées pour le moment. J'en suis désolé pour beaucoup d'entre vous. Je travaille beaucoup mieux librement : je suis mes envies et mes idées, j'en fais un couteau et je le vends une fois terminé. Comme j'ai besoin de temps et d'espace mental dans les mois qui viennent, arrêter les commandes personnalisées est une évidence.
Le tirage au sort avec système de points était une assez bonne idée et a plutôt bien fonctionné, mais il avait ses limites :
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Les personnes inscrites depuis longtemps avaient beaucoup plus de chances, mais les nouveaux venus obtenaient quand même une bonne partie des très rares places. Certaines personnes attendent leur premier couteau sur mesure depuis une éternité.
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La liste a atteint environ 850 personnes. Depuis quelques années, même avec mon étape de confirmation, certaines personnes tirées au sort ne répondaient jamais à mes mails. Cela me demandait beaucoup de temps et d'organisation, et au final ça ne fonctionnait pas si bien.
Quand je rouvrirai les commandes personnalisées, ce sera surement plus simple : un mail annonçant 4 places par exemple, et un tirage au sort parmi les personnes intéressées.
2. Ventes par newsletter. Moins de commandes personnalisées, c'est plus de temps pour les couteaux disponibles. Attendez-vous à des ventes plus fréquentes (je l'espère en tout cas !), surtout des lames san mai classiques, mais aussi des pièces spéciales de temps en temps. Celles-ci resteront toutefois exceptionnelles.
3. Eating Tools, New York. Je continue à travailler avec eux. Je trouve que c'est une super boutique et une belle vitrine pour des couteliers comme moi. Je continuerai à y apporter mon meilleur travail : les lames Marbre Noir et les lames entièrement polies à la pierre.
4. Salons. Je participe habituellement au salon À l'Ouest en Bretagne, début juillet. Il a lieu tous les deux ans, donc la prochaine édition sera en 2028. Je ne prévois pas d'autres salons pour l'instant. Le salon Austrian Knife Show doit être un super événement, et beaucoup de couteliers et de passionnés y vont. Mais pour moi, il est trop grand pour le type d'événement que j'aime, et un peu trop loin.
5. Lives YouTube. Je suis un peu désolé pour ce projet. J'ai acheté un bon setup pour filmer dans de bonnes conditions, mais je n'ai pas fait beaucoup de lives au final. L'envie est toujours là, et il faudrait peut-être que j'en fasse une habitude : une fois par mois peut-être ?
Est-ce que ces lives et ces discussions sur le polissage à la pierre vous intéressent ? Ou bien sont-ils trop longs, et vous préféreriez des vidéos courtes et montées où j'explique un sujet précis ? Dans tous les cas, envoyez-moi un petit message. Ça m'aidera à rester motivé et à voir ce qui vous intéresse.
Merci de m'avoir lu. Vous êtes une super communauté. C'est un plaisir chaque jour d'échanger et de partager avec vous. Grâce à vous, je peux vivre de la fabrication de couteaux de cuisine entièrement faits à la main, avec tout le soin que je peux y apporter : lames polies à la pierre, manches sur mesure, damas fait à l'atelier. Peu de gens peuvent vivre de cet artisanat, et je suis très fier et reconnaissant d'y arriver.
À bientôt,
Milan
Le forgeron
Etre forgeron aujourd’hui est une aventure tournée vers l’avenir. Bien qu'il utilise des techniques anciennes, le forgeron a au XXI siècle une tâche toute particulière. Plus que jamais le forgeron donne du sens à ce qui nous entoure. En effet, les objets qu’il fabrique ont une fonction, une histoire, ont un lieu de naissance, sont issus du monde et ne s’en détachent pas.
Créer un objet nécessite de prendre en compte autant le côté pratique de cet objet que sa dimension environnementale, c’est-à dire son implication dans son environnement (la provenance des matériaux, les outils utilisés pour sa fabrication, son futur usage, le rapport avec son créateur).
En fabriquant des objets suivant ces exigences, l’artisan donne du sens à son travail, donne du sens aux objets qu’il fabrique. Il rentre dans un processus de création où la matière et les outils qu'il a mis à sa disposition vont influencer sur le résultat final. Il en résultera un objet unique.
Chaque objet est façonné avec la volonté de l’intégrer au mieux dans son environnement. Quelle que soit sa fonction, l’objet fabriqué par l’artisan s’inscrit dans son milieu et permet de vivre autrement une expérience familière.
Le forgeron transforme ainsi notre environnement et nos usages.
C’est pourquoi je fabrique des outils tels que des couteaux. Ce sont des objets dans lesquels se réunissent des éléments au départ distincts : le bois et le fer, le froid et le chaud, l’efficacité et l’esthétisme, l’outil et la convivialité, la technique et les sensations. Toutes mes lames sont forgées et obtiennent ainsi une meilleure résistance et une géométrie particulière. Les trempes sont réalisées grâce à un four électrique permettant une température précise pendant cette étape critique. J’utilise une meule à eau, outil ancien permettant de respecter l’acier pendant son usinage sans le brûler. Je travaille mes biseaux à la pierre, du grain grossier au grain le plus fin qu’offre les pierres naturelles japonaises.
Je sélectionne et coupe également une partie du bois qui servira à faire les manches des couteaux. Je veille au séchage. Je peux ainsi garantir sa provenance et m’assurer de sa qualité. Mes couteaux peuvent être fabriqués sur commande en concertation avec leurs futurs utilisateurs. Il peuvent aussi être des créations libres. Chaque couteau est réalisé entièrement dans mon atelier afin de maîtriser l’ensemble du processus et offrir un produit fini de grande qualité.